Allocution d’ouverture de SEM le Président de la République du Tchad, Président en Exercice de la CEEAC à l’occasion de la 16ème Session ordinaire de la CEEAC

(Ndjamena le 24 Mai 2015)

Madame, Messieurs les Chefs d’Etat et Chefs de Gouvernement ;

Mesdames les Premières Dames ;

Mesdames, Messieurs les Chefs des Délégations,

Monsieur le Secrétaire Général de la CEEAC,

Monsieur le Représentant spécial du Secrétaire Général des Nations Unies, chef de l’UNOCA ;

Monsieur le Commissaire à la Paix et à la Sécurité de l’Union Africaine ;

Madame la Vice-présidente de la Commission de la CEMAC ;

Mesdames, Messieurs les Ambassadeurs et Représentants des Organisations Internationales et Non Gouvernementales ;

Mesdames, Messieurs les Organisations Partenaires de la CEEAC ;

Distingués Invités ;

Mesdames et Messieurs.

Permettez-moi tout d’abord de vous adresser au nom du peuple tchadien, du gouvernement et en mon nom propre, la cordiale bienvenue et un agréable séjour à Ndjamena. Je saisis cette occasion pour vous exprimer mes vifs remerciements pour l’intérêt que vous accordez à l’intégration sous régionale en répondant à notre invitation.

Mesdames, Messieurs ;

Cette 16ème Session ordinaire de la Conférence des Chefs d’Etat et de Gouvernement de la Communauté Economique des Etats de l’Afrique Centrale (CEEAC) se tient à un moment où le contexte économique mondial traverse des moments de crise : de la récession à la baisse des prix des matières premières en passant par celle financière.

Ce qui exige de nous, une évaluation conséquente et objective du chemin parcouru et une projection réelle et réaliste prenant en compte la donne et le contexte économiques actuels, en vue d’imprimer à notre espace régional, une nouvelle approche adaptée à l’évolution technologique moderne.

Mesdames, Messieurs ;

En signant le 23 octobre 1983, le Traité de Libreville, les Chefs d’Etat de la CEEAC s’étaient engagés à mutualiser leurs efforts. L’objectif de cet acte politique, était de promouvoir et renforcer une coopération harmonieuse et un développement auto-entretenu dans tous les domaines socioéconomiques. 

La préoccupation majeure des Chefs d’Etat était entre autres :

-      D’assurer une cohésion régionale ;

-      D’orienter les transformations sociales ;

-      De définir les pôles d’identification pour le développement intégré ;

-      De créer un cadre approprié pour mieux intégrer la stratégie et le plan d’action de Lagos pour la réussite de l’intégration économique du continent.

Cet optimisme de départ, a été contrarié par des facteurs politico sécuritaires endogènes et exogènes qui ont contribué à annihiler les efforts et compromettre les espoirs. C’est pourquoi, le Sommet des Chefs d’Etat et de Gouvernement, réuni à Libreville en 1998, a demandé au Secrétariat général de la CEEAC d’étendre ses missions traditionnelles à la promotion de la paix, de la sécurité et de la stabilité pour assurer cette intégration sous régionale.

C’est le lieu de saluer le rôle déterminant joué par l’Organisation des Nations Unies à travers le Comité Consultatif sur les questions de Sécurité Permanente en Afrique Centrale.

Au plan conventionnel, nous, nous réjouissons du retour de la confiance marquée par d’importants instruments juridiques que sont :

-      Le pacte de non – agression signé à Yaoundé le 8 juillet 1996 ;

-      Le pacte d’assistance mutuelle entre les Etats membres de la CEEAC, signé à Malabo le 24 février 2000 ;

-      Le protocole relatif au Conseil de Paix et de Sécurité de l’Afrique Centrale (COPAX) signé le 24 février 2000 à Malabo.

D’autres instruments et mécanismes se sont ajoutés à l’arsenal initial en vue de renforcer la dimension ‘’Paix et Sécurité’’ individuelle et collective dans le projet d’intégration communautaire de l’Afrique Centrale.

Madame, Messieurs les Chefs d’Etat ;

Distingués invités ;

Mesdames, Messieurs.

Dans ce contexte encore difficile, il nous faut croire aux valeurs que nous proclamons et tenir ferme face à l’adversité. Le spectre des conflits et les bruits de guerres continuent à secouer et hanter notre sous-région, à l’intérieur de nos frontières et tout autour. Le climat d’insécurité qui prévaut à l’Est de la République Démocratique du Congo, en République Centrafricaine et dans la région des Grands Lacs, par exemple, nous interpellent.

Le Burundi qui a eu une expérience exaltée dans le domaine du maintien de la paix en Afrique ne mérite pas la situation de déstabilisation dans laquelle il est plongé.

Tout en condamnant le coup d’Etat manqué dans ce pays frère et l’assassinat de l’opposant ZEDI FERUZI, nous demandons au président NKURUNZIZA, à toute la classe politique et à la société civile de maintenir le cap du dialogue en vue de rassembler toutes les filles et tous les fils du BURUNDI.

Il en est de même de l’insécurité aux frontières extérieures de la Communauté qui constitue une menace à laquelle il faut faire face, aux cotés d’autres Nations qui font de la recherche, de la restauration et de la consolidation de la Paix une priorité cardinale.

Au moment où la CEEAC se relance enfin en se dotant d’instruments d’expression de la solidarité, plusieurs vaillants soldats des armés des Etats de l’Afrique Centrale continuent de verser leur sang pour la paix, que ce soit dans le cadre de la CEEAC, de l’Union Africaine, ou des Nations Unies. En ayant une pensée pour ces Hommes, en mesurant la douleur de leurs proches, je vous invite à formuler ensemble le vœu que leur sacrifice ne soit pas vain, et qu’il renforce notre conviction à servir le noble idéal de paix.

C’est le lieu de féliciter l’intervention des forces du Cameroun, du Niger, du Nigeria et du Tchad contre la secte Boko Haram dont la capacité de nuisance est fortement réduite. Cette Force multinationale qui a produit des résultats probants salués par tous pourrait être un embryon non seulement pour la capacité de déploiement rapide de la Force africaine en Attente mais aussi pour la Capacité Africaine de Réaction Immédiate aux Crises (la CARIC).

Madame, Messieurs les Chefs d’Etat ;

Nous devons persévérer et avancer ensemble et d’un même pas, pour transformer nos rêves de paix, de sécurité et de stabilité en réalités tangibles. Le recul historique, nous enseigne que la lutte pour la paix, la sécurité et la stabilité ainsi que le projet d’intégration économique Communautaire de l’Afrique Centrale ne peuvent plus faire l’économie d’une réflexion stratégique sur les questions sécuritaires d’une part, et celles qui prennent en compte les questions économiques, monétaires, sociales et culturelles d’autre part.

C’est pourquoi, la CEEAC travaille, depuis 2012, à prolonger les actions menées sur le plan militaire par le déploiement d’activités multiformes visant la promotion de la culture et de la paix à travers une intégration sociale et culturelle. Nous croyons fermement que, pour assurer la paix et la sécurité, nous ne devons négliger aucun aspect de notre vivre-ensemble. La CEEAC se félicite du succès du Forum de Bangui et soutient les autorités de la Transition pour la mise en œuvre des résolutions ayant sanctionnés ce Forum.

Par ailleurs notre organisation ne saurait rester indifférente face à l’épidémie de la fièvre Ebola. Tout en manifestant notre solidarité et notre compassion aux Etats victimes et aux familles endeuillées, nous pensons que la riposte aux endémies ne sera jamais efficace si nous ne développons pas une stratégie à l’échelle de la sous-région, du continent et du monde.

S’agissant du Secrétariat général de la Communauté sur lequel repose toute l’administration de notre organisation commune, il y a lieu de rappeler l’engagement résolu de chacun de nos Etats membres, notamment sur le Plan Financier qui permettra à l’Afrique Centrale de se doter d’une administration communautaire forte. La CEEAC ne saurait jamais atteindre ses objectifs si les moyens de son fonctionnement et de sa consolidation ne suivent pas.

J’insiste sur ce point précis puisque nous, Chefs d’Etat et de Gouvernement avons pris la décision de mettre un terme à la précarité financière procédant du mécanisme de contributions au budget de la Communauté en instaurant la Contribution Communautaire d’Intégration.

Mais la mise en œuvre de ce mécanisme, qui a fait ses preuves dans d’autres espaces régionaux, est loin de satisfaire l’attente de nos Etats. C’est pourquoi, j’appelle les uns et les autres à leurs responsabilités.

Mesdames, Messieurs ;

La démarche vers l’intégration communautaire est une mutualisation des efforts et d’énergies. Il y a certes plusieurs points à développer mais si je me suis appesanti sur les questions de sécurité c’est parce qu’elles conditionnent le développement économique et social de nos Etats.

La réussite du dernier exercice Loango de la FOMAC qui s’est déroulé en Octobre 2014 au Congo, donne à la CEEAC, un instrument de réaction en terme de valeur ajoutée lorsque l’on se réfère aux principaux exercices communautaires précédents, à savoir  BAR EL GAZAL 2007, KWANZA 2010.

Mesdames, Messieurs.

S’il est une question qui constitue un véritable défi de la CEEAC, c’est la libre Circulation des Personnes. Comment peut-on réaliser ce projet de la zone de Libre échange si les personnes ne circulent pas librement et si les Etats membres ne lèvent pas les entraves qui résistent aux décisions de la Conférence, Normes Juridiques Communautaires les plus élevées.

A titre de triste anecdote, il me souvient que les Agents et Fonctionnaires du Secrétariat général de la CEEAC eux-mêmes, doivent au préalable obtenir un visa dans le cadre de leurs missions officielle ; c’est là une violation de la Convention sur les privilèges et immunités diplomatiques de la CEEAC.

Je voudrais insister pour dire que les résolutions prises sur la libre circulation des personnes, des biens, des services et des capitaux ne doivent pas se limiter aux simples déclarations d’intention mais doivent être appliquées intégralement dans l’espace CEEAC.

En ce qui concerne les infrastructures autour desquelles doit s’articuler l’intégration Communautaire, nous estimons que les différentes études conduites sont satisfaisantes.

C’est le cas du projet du Pont-Route-Rail entre les villes de Brazzaville et de Kinshasa ; du Programme détaillé pour le développement de l’Agriculture du NEPAD et du programme de renforcement de la Gouvernance vétérinaire ou encore de la mise en œuvre du Système de l’économie verte dont un Conseil des Ministres vient de finaliser le cadre juridique à Kinshasa en octobre dernier.

Pour toutes les autres matières qui participent de l’intégration communautaire de l’Afrique Centrale, je propose que la Conférence s’en remette au Conseil des Ministres qui, en amont du processus décisionnel de la CEEAC, va soumettre les propositions sanctionnant ses travaux.

Mesdames, Messieurs ;

Au moment où je passe le témoin, je veux dire ma confiance en la capacité de mon successeur qui doit poursuivre l’œuvre entamée. Mais sachez qu’il ne peut réussir sa mission, que si on lui donne les moyens de son action.

Je voudrais profiter de l’occasion pour exprimer ma gratitude à tous les partenaires de la CEEAC dont l’appui inestimable a permis au Secrétariat général de réaliser des actions salutaires et bénéfiques aux populations de la sous-région. J’adresse une mention spéciale à l’UNOCA, à l’Union Européenne et à la Banque Africaine de Développement (BAD) qui continuent d’appuyer le Secrétariat général de la CEEAC en dépit des multiples sollicitations.

Mesdames, Messieurs,

Avant de terminer mon propos, je souhaite porter à votre connaissance que la République du Rwanda, membre fondateur de la CEEAC, qui avait suspendu sa participation aux travaux de notre Institution en 2007, vient de manifester sa volonté de reprendre toute sa place dans l’édification de notre Communauté. La CEEAC se félicite de la position adoptée par le Rwanda qui est un pilier important pouvant jouer un rôle accru dans les efforts actuels visant à ramener la paix, la sécurité et la stabilité dans la Région des Grands Lacs.

C’est sur cette note d’espoir que je déclare ouverts, les travaux de la 16ème session ordinaire de la Conférence des Chefs d’Etat et de Gouvernement de la CEEAC. Je vous remercie.