Allocution de S.E. Madame Marie Thérèse Chantal MFOULA

Atelier régional de concertation sur le Document de Stratégie d’intégration régionale – Afrique centrale (2018-2025) - de la BAD

Libreville, 10 Septembre 2018

 

Allocution de S.E. Madame Marie Thérèse Chantal MFOULA

Secrétaire Général Adjoint en Charge du Département Intégration Physique, Economique et Monétaire (DIPEM) de la Communauté Economique des Etats de l’Afrique Centrale (CEEAC)

 

Madame le Représentant de la BAD ;

 

Monsieur le Chef de Division des opérations Régionales de la BAD ;

 

Mesdames, Messieurs les représentants des pays de l’Afrique centrale et des administrations spécialisées ;

 

Monsieur le Représentant de la CEMAC, et Mesdames et Messieurs les Représentants des Partenaires Techniques et Financiers ;

 

Mesdames et Messieurs les Représentants du secteur privé des pays de l’Afrique centrale ;

 

Mesdames, Messieurs,

 

Distingués invités ;

 

En vos rangs, grades et qualités respectifs ;

 

C’est avec un réel plaisir que je prends la parole ce jour, au nom de Son Excellence Ahmad ALLAM-MI, Secrétaire Général de la Communauté Economique des Etats de l’Afrique Centrale (CEEAC), à la cérémonie d’ouverture de cet important atelier régional de consultation sur le Document de stratégie d’intégration régionale (DSIR) pour l’Afrique centrale qui guidera, pour les prochaines années, les actions de coopération de la Banque Africaine de Développement dans cette région.

Je voudrais d’emblée, remercier les Hautes Autorités de la République Gabonaise pour avoir accepté d’abriter les présentes assises, et saisis l’occasion qui m’est offerte pour exprimer la profonde gratitude de la CEEAC à SEM Ali BONGO ONDIMBA, Président de la République Gabonaise, Chef de l’Etat et Président en exercice de notre Communauté, ainsi qu’à son Gouvernement et au peuple Gabonais pour l’accueil chaleureux et les facilités multiformes qu’ils ont bien voulu réserver à toutes les délégations depuis leur arrivée à Libreville.

Je voudrais également remercier les Autorités de la Banque Africaine de Développement pour les actions multiformes qu’elles apportent à notre Communauté en vue d’accompagner son développement harmonieux, d’œuvrer pour l’amélioration du bien-être des populations et de consolider le processus d’intégration régionale. Il s’agit entre autres uu financement des études et projets structurants dans les domaines des infrastructures de transport, de l’environnement, du commerce et j’en passe.

Je salue enfin la présence des partenaires au développement de la région dont les actions significatives pour faire avancer le processus d’intégration sont appréciées à leur juste valeur par toute la communauté.

Et en ce jour particulier, la CEEAC se réjouit que la BAD, qui a inscrit l’accélération du processus d’intégration en Afrique parmi ses 5 priorités, ait opté pour cette approche participative impliquant ainsi les différentes parties prenantes à savoir : les institutions régionales, les administrations nationales, les organisations du secteur privé et de la société civile et les partenaires techniques au développement, aux réflexions visant à insuffler un souffle nouveau au processus d’intégration en Afrique centrale.

 

Mesdames et Messieurs,

Comme vous le savez, l’intégration régionale est définie dans la théorie économique comme un processus par lequel des Etats décident de se rapprocher pour constituer un espace social et économique plus important qui puisse faciliter le développement harmonieux de leurs peuples. En Afrique centrale, les pays membres de la CEEAC ont adopté dès 2007 une vision à l’horizon 2025, de faire de la région un espace de paix, de solidarité, de développement équilibré et de libre circulation des personnes, des biens et des services et des domaines d’activités prioritaires, en harmonie avec les programmes et agenda de développement de l’Union africaine pour faciliter la réalisation progressive d’une Communauté économique africaine.

Dans cette perspective, et sous la houlette des partenaires au développement, beaucoup d’actions ont été menées, à divers niveaux et dans plusieurs domaines, en matière de paix et stabilité, de développement des infrastructures économiques, du commerce et du développement économique, de la préservation de l’environnement, la réduction des risques de catastrophes et les changements climatiques, la promotion du genre, de la culture, de l’éducation et l’inclusion sociale, etc.

Cependant, en dépit de ces efforts et de sa position géographique, de l’existence d’un vaste marché potentiel d’environ 180 millions de consommateurs répartis sur une superficie de 6,6 millions de km², de l’importance des ressources naturelles diversifiées et d’un écosystème favorable, l’Afrique centrale reste l’une des régions les moins intégrées du continent. L’indice global de l’intégration régionale qui prend en compte différents domaines d’intégration, est évalué à 0,454 en 2016 pour la CEEAC ; un niveau qui se trouve en deçà de la moyenne des CER africaines (0,470). Le déficit en infrastructures économiques (énergie, transport et TIC) et leur faible interconnexion, combiné à l’enclavement de certains pays contribuent à créer des obstacles à l’accès des opérateurs économiques aux marchés régionaux. Les progrès en matière d’intégration régionale sont limités, notamment concernant les échanges commerciaux intra-régionaux, le libre mouvement des personnes, des biens et des services.

 

Sur le plan du développement économique, les économies de la région reposent largement sur la production et l’exportation de matières premières extractives (pétrole, minerais, etc.) - qui représentent près de 95% des recettes d’exportation et en moyenne 35% du PIB de leur PIB - et demeurent de ce fait très vulnérables aux fluctuations des cours de ces produits fixés sur le marché mondial. C’est ainsi qu’après avoir culminé autour de 260 milliards de dollars, le PIB de la région a connu une croissance moyenne de près de 7% jusqu’en 2015, avant de décliner depuis deux années consécutives pour atteindre 0,1 % en 2016 et près de 0,9 % en 2017; un niveau en dessous de la moyenne africaine, estimée à 3,6 % entre 2016 et 2017.

Cette situation a mis à rude épreuve les budgets nationaux, créant ainsi d’importants déficits budgétaires - passant de -3% du PIB en 2014 à -5,7% du PIB en 2016 – et conduit à un assèchement des réserves internationales et à l’accroissement de la dette extérieure des Etats. Bien que stabilisé autour de 3% en moyenne, l’inflation a atteint des niveaux importants de près de 10% dans certains pays ; et au final, le chômage, l’exclusion économique et les inégalités sociales restent à des niveaux élevés.

Certes, d’importantes mesures ont été annoncées pour faire face à cette situation notamment en vue d’optimiser les recettes par le biais d’une réforme de la fiscalité visant à élargir l’assiette fiscale, et assainir les finances publiques et réduire les dépenses courantes. Mais au final, le développement économique et les ambitions affichées d’atteindre le statut de pays émergent dans un horizon raisonnable est freiné par une diversification limitée et un secteur privé morose qui, bien que très volontaire, demande à être davantage soutenu et accompagné, par des mesures et réformes structurelles insuffisantes pour construire des économies plus résilientes et libérer tout le potentiel devant soutenir une croissance plus inclusive et favorable à la transformation structurelle des économies de la région de l’Afrique centrale.

 

 

Mesdames et Messieurs,

Même si les progrès enregistrés jusqu’à présent dans le chantier de l’intégration et la construction d’une communauté économique solide n’ont pas été à la hauteur des attentes, il est important de souligner que la détermination des décideurs n’a pas été ébranlée, et l’intégration régionale demeure au centre des priorités des Etats. J’en veux pour preuve, la signature de l’Accord pour la mise en place de la zone de libre-échange continentale (ZLEC), le 21 mars dernier, à Kigali qui vise à créer un marché de plus de 1,2 milliard de personnes, dont une classe moyenne en forte croissance, et un produit intérieur brut (PIB) de plus de 3,4 milliards de dollars. Une décision unanimement saluée à travers le monde entier qui nous incite à redoubler d’ardeur dans le vaste chantier de l’intégration régionale.

En relation avec ce contexte que je viens d’esquisser et les nombreuses opportunités qui se profilent à l’horizon, la communauté, par ma voix, se réjouit que l’objectif global du DSIR-AC 2018-2025 pour lequel nous sommes réunis ici ce jour, soit d’accélérer la diversification et la transformation structurelle des économies d’Afrique centrale, à travers deux piliers, à savoir :

  • le renforcement de la connectivité des infrastructures (pilier 1),
  • et le développement du commerce, de l’investissement, et le renforcement des capacités humaines et institutionnelles, (pilier2).

 

Ainsi, pendant les trois prochains jours, vous serez appelés à plancher sur différents thèmes pour donner davantage de la matière à cette ossature de manière à permettre à la région de disposer d’un document d’orientation qui prenne en compte vos aspirations profondes.

Il s’agit de :

  • La problématique de la connectivité de la région pour un maillage dense et efficace en infrastructures de transport, de télécommunication, d’approvisionnement en énergie et eau qui permette aux économies de la région d’améliorer très sensiblement leur compétitivité et facilite le rapprochement des marchés.
  • La facilitation des échanges en vue de réduire au mieux les nombreux goulots d’étranglement en termes de pratiques et procédures qui obèrent encore la compétitivité des entreprises de la région comme le témoigne une récente étude de la Banque mondiale - «briser les obstacles au commerce agricole régional en Afrique centrale» -, qui révèle que les tracasseries perpétrées par les agents de police, de la gendarmerie, de la douane, etc., représentent jusqu’à 14% du prix final des produits agricoles sur le corridor entre le Cameroun et le Gabon.
  • La question des changements climatiques, de la protection de l’environnement et de la gestion rationnelle et optimale des ressources naturelles dans une logique de développement de l’économie verte, car comme vous l’avez noté sans doute, l’Afrique centrale est l’une des régions les plus affectées par des situations de fragilité (politique, économique, sociale, environnementale, etc.) au niveau du continent. Des pays essentiellement agricoles comme le Burundi, le Cameroun ou la RD Congo font actuellement face ou sont exposés à plusieurs risques économiques du fait des perturbations climatiques.
  • L’amélioration de l’environnement des affaires pour faire de la région un pôle d’attraction, non plus d’investissements orientés essentiellement vers l’exploitation des matières premières, mais des investissements de diversification pour soutenir le processus de transformation structurelle.
  • Les réformes économiques et commerciales nécessaires pour permettre à la région de renforcer ses capacités de résilience et se préparer à tirer le meilleur profit de l’expansion du commerce que l’on observe au niveau mondial, et qui malheureusement, tarde à se concrétiser au niveau régional. A titre d’exemple, selon des estimations de la Commission économique pour l'Afrique, la ZLEC pourra stimuler le commerce intra-Africain de 52,3% en éliminant les droits de douane et doubler ce commerce si les barrières non tarifaires sont également réduites. En conséquence, il est impérieux de proposer des actions qui viseront à soutenir les engagements des Etats de la communauté et un renforcement de l’intégration régionale dans notre communauté.
  • Le renforcement du capital humain, la promotion du genre et l’inclusion sociale car il s’agit de veiller à ce que la croissance soit inclusive et réduise les nombreuses inégalités qui maintiennent une franche importante de la population dans la précarité.
  • Le développement et la promotion de l’économie de l’artisanat et des petites entreprises, véritable levier pour parvenir à la lutte contre la pauvreté, l’amélioration des revenus des populations et la création d’emplois aussi bien dans les zones rurales que dans les villes.
  • La prise en compte des questions de sécurité y incluant l’éco sécurité sans laquelle, il ne peut y avoir, entre autres, le développement du commerce intra régional. Le massacre de 19 éléphants dans la réserve de faune de Binder Léré au Tchad et l’assassinat de 6 éléments des forces spéciales camerounaises au Parc National de Bouba NDjidda en janvier 18 par des braconniers lourdement armés en est une illustration concrète de l’écosécurité.

 

Mesdames, Messieurs les participants,

En résumé, votre tâche consistera à mettre en harmonie toutes actions pertinentes relevant de différents domaines d’activités pour apporter des éléments de solutions efficaces et durables qui permettront de faire de l’intégration régionale un véritable levier du développement des pays de l’Afrique centrale.

Le Secrétariat général de la CEEAC restera, en conséquence, très attentive aux conclusions auxquelles vous parviendrez et reste convaincu, au regard de vos profils respectifs et de la détermination dont vous avez toujours fait preuve en pareille circonstance, de la qualité du travail attendu et du succès de vos délibérations.

Je ne saurais clore mon propos sans souligner que le Secrétariat général de la CEEAC par ma voix, réitère son engagement à ne ménager aucun effort pour mettre en œuvre les missions qui lui ont été confiées par ses Etats membres.

En souhaitant plein succès à vos travaux, je déclare ouverts les travaux de l’atelier de concertation sur le DSIR Afrique centrale couvrant la période 2018-2025.  

Je vous remercie de votre aimable attention.

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