Question N°1- La deuxième réunion des ministres du Comité de pilotage de la réforme institutionnelle de la CEEAC s’est achevée le 26 juillet 2019 avec l’adoption notamment du Projet de Protocole du COPAX, du Projet de Règlement financier, du Projet de cadre organique, et du Projet du Statut du personnel révisé de la Communauté. En attendant l’approbation de ces différents instruments par la conférence des chefs d’Etat de la CEEAC, qu’est-ce que le travail de réforme fait jusqu’ici vous inspire comme commentaire ?
 
Réponse- L’adoption des projets de texte par les Ministres constitue un jalon important dans le processus de la réforme institutionnelle. Je ne peux que me réjouir de ce résultat. Je ressens également une certaine fierté, s’agissant d’un dossier qui constitue l’une des principales priorités de mon mandat. J’ai hâte que les Chefs d’Etat et de Gouvernement approuvent et ratifient ces textes afin que puisse démarrer leur mise en œuvre pour la naissance d’une véritable Communauté Economique Régionale en Afrique Centrale. Tout cela a été possible grâce à une appropriation du processus par la Présidence en exercice gabonaise et par les Etats membres. En tant que Secrétaire général, je me dois de leur exprimer ma plus profonde gratitude.
Toutefois, il convient de dire que l’adoption de ces textes ne veut pas dire que la réforme est terminée. Les textes établissent le cadre de la réforme. C’est après leur adoption par la Conférence des Chefs d’Etat et de Gouvernement que commencera la mise en œuvre effective de la réforme.
Rappelons que les orientations que nous avions reçues des plus hautes autorités de la Communauté concernant cette réforme consistaient à transformer le Secrétariat Général actuel en une Commission, en vue de doter l’organe exécutif de plus de pouvoirs et de marge de manœuvre pour conduire efficacement le processus d’intégration.
Il s’agissait également d’insérer complètement et définitivement le Conseil de paix et de Sécurité de l’Afrique Centrale (COPAX) dans l’architecture institutionnelle de la Communauté et de rendre ce mécanisme permanent au siège de la Communauté à travers un Comité Permanent des Représentants (COREP) des Etats membres à même de se réunir à tout moment et de prendre des décisions lorsque des alertes sont émises sur des risques de rupture de la paix et de la sécurité dans la sous-région.
Etant donné que la mise en œuvre de ces orientations induisait la révision du Traité, nous en avons profité pour le relire, de même que tous ses protocoles ainsi que les autres textes subséquents, dans le sens de les améliorer et de les moderniser. Il vous souviendra que le traité instituant la CEEAC date de 1983.
 
Question N°2- D’aucuns estiment que la révision en cours des textes de base de la CEEAC ne garantit en rien son bon fonctionnement. Ils suggèrent d’insister sur la dimension politique de cette réforme, allant au-delà du simple examen des projets de textes. Ce son de cloche a –t-il été pris en compte ?
 
Réponse-Contrairement à ce que beaucoup pensent, la volonté politique de construire une véritable communauté en Afrique centrale est bien présente. Ce sont les outils et les conditions pour une intégration régionale qui manquent. Et c’est cela qu’il faut construire. Evidemment, la présence de plusieurs leaderships ne facilite pas la cohésion en Afrique centrale. Mais avec d’excellents outils d’intégration, on peut réussir à relever les défis communs de l’intégration.
En outre, je dois dire que la CEEAC est une organisation interétatique, donc essentiellement politique. Bien que sa mission est centrée sur l’intégration économique régionale, la dimension politique revêt une importance capitale au regard des réalités de l’Afrique Centrale. C’est ce qui justifie toute la place qui est accordée au COPAX dans cette réforme. D’ailleurs, vous aurez remarqué la forte représentation des ministres de la Défense et des hauts gradés des armées de tous les Etats membres pendant toutes les réunions préparatoires de la réforme, aussi bien au niveau technique que Ministériel.
J’aime souvent dire que pour qu’un outil fonctionne, il y a trois conditions nécessaires. Il faut une bonne mécanique, il faut de l’énergie et enfin un bon machiniste ou pilote. Je me bats pour qu’au moins les deux premières conditions soient réunies.
 
Question N°3- La réforme appelle entre autre la transformation de l’actuel Secrétariat général en Commission de la CEEAC, avec à sa tête un président. Qu’est-ce qui est proposé aux chefs d’Etat pour la gestion de cette période transitoire ? 
 
Réponse-En réalité, tant que le traité révisé n’est pas opérationnel, c’est le traité de 1983 qui continue de produire ses effets. Le Secrétariat général continuera donc de travailler normalement tout en œuvrant pour la ratification du nouveau traité et en aidant les instances dans la procédure de recrutement des responsables de la future commission et dans l’élaboration du plan d’action de la commission. Une fois le traité entré en vigueur, la nouvelle commission prendra fonction en lieu et place du Secrétariat général et déroulera le plan de mise en œuvre de la réforme qui aura été préalablement adopté par les Etats membres.
L’autre possibilité serait de mettre en place une commission provisoire dès la signature des textes. Cette commission provisoire aurait vocation à se transformer en commission définitive une fois le traité ratifié. Elle conduirait les activités ci-dessus énumérées.
Dans tous les cas, un audit général ainsi qu’une évaluation du personnel pourraient être réalisés avant le passage à la Commission définitive en vue de lui permettre de démarrer sur des bases nouvelles.
 
Question N°4- Vos contempteurs réclament préalablement un audit de la gestion administrative et financière du Secrétariat Général de la CEEAC depuis 2012, y compris pour les lignes budgétaires spéciales et caisses d'avance que le Secrétaire Général utiliserait sans justification. Qu’en dites -vous ? 
 
Réponse- Vous savez lorsque l’on veut noyer son chien, on l’accuse de rage. Derrière les tracts dont vous avez certainement eu vent, se cache une volonté de me discréditer pour diverses raisons. 
En arrivant au Secrétariat, j’ai constaté un disfonctionnement énorme et j’ai du prendre les mesures nécessaires pour encadrer certaines pratiques. Que je sois une cible pour ceux à qui le désordre profitait ne me surprend guère.
Il y a également que certains fonctionnaires et agents du Secrétariat général souhaitent enterrer le processus de la réforme institutionnelle parce qu’ils craignent pour leur emploi et les avantages qu’ils en tirent. Vous constaterez que l’article 114 du traité révisé dispose qu’il n’y aura point de reversement automatique pour le personnel actuellement en service. Cela inquiète plus d’un.
Il y a aussi ceux qui sont pressés de succéder au Secrétaire général et qui ne lésinent sur aucun moyen pour le pousser vers la sortie, à l’humilier et à le discréditer. Mais vous savez, tant que j’aurai la confiance des Chefs d’Etat de la sous-région je continuerai par faire mon travail et à me battre pour que notre institution communautaire se reforme en profondeur. C’est une condition sine qua none pour que naisse cette grande CER en Afrique centrale à laquelle ont cru les fondateurs et que nous appelons tous de nos vœux. 
Enfin il y a probablement des luttes de leadership autour de la réforme. Il s’agit là d’un résultat important pour le Président en exercice et dans une certaine mesure pour le Secrétaire général. Cela peut aiguiser des appétits.
Mais comme je le disais plus haut, malgré toutes les embuches, je continuerai ma mission au service de la Communauté avec beaucoup de plaisir et d’engagement.
 
Allam mi web 550 02Question N°5- Cette réforme se présente comme le principal élément fort de votre deuxième mandat. Est-ce une bonne façon de lire votre bilan à la tête de la CEEAC?
 
Réponse- Cette réforme est indéniablement l’un des principaux éléments forts de mon deuxième mandat. Mais à côté de ce processus, beaucoup d’autres chantiers sont en construction, notamment dans les domaines du commerce ou nous avons lancé la zone de libre-échange de la CEEAC à Kinshasa en mai 2016, dans le domaine des infrastructures ou nous avons élaboré des projets d’études et de réalisations tels que celui  sur  le pont route rail entre Kinshasa et Brazzaville et bien d’autres projets importants pour l’interconnexion de nos Etat dans le cadre du plan directeur consensuel des transports en Afrique Centrale (PDCT-AC). Nous avons également élaboré des documents de politique et de stratégie dans divers domaines. Et malgré la difficulté de satisfaire les contreparties faute de contributions des Etats membres, nous accompagnons tous nos programmes avec les partenaires tels que la Banque Africaine de Développement, la Banque Mondiale et l’Union Européenne.
Evidemment je n’oublie pas le domaine de la paix et de la sécurité ou nous nous sommes investis dés mon arrivée à la tête du Secrétariat au plus fort de la crise en RCA ou nous avons ouvert un bureau dès la fin 2013. Un sommet s’est penché sur la lutte contre Boko Haram . Nous avons installé à Yaoundé le comité inter régional de coordination de la sureté et de la sécurité maritime. Nous avons organisé un sommet entre la CEEAC et la CEDEAO sur la coopération entre les deux régions en matière sécuritaire. La crise en RDC était aussi parmi nos préoccupations sécuritaires majeures et nous avons à cet effet dépêché des missions et ouvert un bureau.  Il y avait également d’autres crises politiques et sécuritaires de moindre ampleur mais toutes aussi préoccupantes. Nous avons travaillé aux côté des Etats membres pour la stabilité de la sous-région, y compris à travers l’appui électoral
 
Question N°6- La BAD et l’Union européenne encouragent vigoureusement la rationalisation des deux CER d’Afrique centrale. Parmi les gains escomptés, un marché plus vaste pour les opérateurs économiques et plus de moyens pour une seule communauté. Le processus engagé par les chefs d’État conduira à la naissance d’une communauté nouvelle en 2023. Dans quelles perspectives se situe l’actuel processus de réforme institutionnelle de la CEEAC ?
 
Réponse- Il faut avant tout préciser que la rationalisation des CER en Afrique est un processus voulu par la Conférence des Chefs d’Etat et de Gouvernement, d’abord au niveau continental et ensuite en Afrique Centrale. 
Il existe actuellement une excellente collaboration entre la CEEAC et la CEMAC dans le cadre de la rationalisation conduite par le Président dédié, son Excellence Paul BIYA, Président de la République du Cameroun. Nous travaillons en très bonne intelligence afin d’aboutir à terme à une CER unique en Afrique centrale telle que décidée par les Chefs d’Etat et de Gouvernement. Le cadre juridique élaboré dans le cadre de la réforme actuelle de la CEEAC sera un acquis sur lequel pourrait se construire la future CER unique qui devrait naitre de la fusion entre la CEEAC et la CEMAC. Les deux processus se complètent donc parfaitement. Il n’y a aucune redondance.
Le prochain sommet conjoint entre la CEEAC et la CEMAC que projette d’organiser la Présidence dédiée de la rationalisation sera un jalon décisif dans le processus de rationalisation. 
 
Question N°7- Monsieur le Secrétaire Général, vous étiez à Niamey où le continent africain vient de se donner le défi de la Zone de Libre - Echange Continentale Africaine. Avec seulement 2% d’échanges intracommunautaires et une libre circulation des personnes inexistante, l’Afrique centrale peut-elle relever ce challenge ?
 
Réponse- Encore une fois ce n’est pas la volonté politique qui manque. Mais la construction du marché communautaire exige que nous réunissions les conditions et mettions en place les outils qui permettent de garantir le libre échange et la circulation des personnes en toute sécurité. Parmi ces conditions, nous avons l’industrialisation et la diversification de nos économies avec des avantages comparatifs pour les Etats, la construction d’infrastructures de connectivité entre les Etats. Vous savez par exemple que la plupart des infrastructures de transport construites en Afrique centrale pendant les indépendances et après allaient de l’intérieur vers les ports parce qu’elles étaient destinées à faciliter l’exportation des matières premières. Pour favoriser les échanges intracommunautaires nous devons travailler à la construction d’infrastructures d’interconnexion aux niveaux national et sous-régional. Ensuite il nous faut des infrastructures de connexion avec les autres régions voisines pour bénéficier pleinement de la ZLECAf. Comme vous le savez, l’Afrique centrale est la seule région qui est voisine à toutes les autres CER africaines. Cela représente un atout et une opportunité, malgré la problématique de la multiple appartenance aux CERS à laquelle la CEEAC est plus exposée que d’autres CERs.
 Je vous rappelle que nous avons accompagné les Etats membres tout au long du processus de négociation de la ZLECAf. Nous sommes fiers de constater que Sept membres de la CEEAC ont ratifié l’accord à ce jour. Ce qui nous place parmi les régions en tête des ratifications.
Pour en profiter pleinement nous devons relever le défi du développement des capacités des productions et d’accès aux marchés, y compris les questions de normes et de qualité, le défi du développement des capacités des administrations nationales et communautaires pour l’administration et le suivi de la mise en œuvre de l’Accord et le défi de la consolidation des dynamiques commerciales intra régionales visant à développer des chaines de valeur régionale et s’insérer par la suite dans les chaines de valeur continentales et mondiales. 
 
Question N°8- En Afrique centrale, les sempiternels freins à l’interconnexion des marchés demeurent la faible diversification du tissu productif, la faible industrialisation et l'insuffisance complémentarité des biens. Plusieurs de vos partenaires tels que la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique ont doté les Etats et les CER d’outils d’aide à la décision. Notamment, l’étude sur l’industrialisation du bois ou encore l’agriculture. Qu’en est-il aujourd’hui ?
 
Réponse- comme vous le soulignez sous la houlette de nos partenaires et du Secrétariat général de la CEEAC la région a nourri beaucoup de réflexions pour engager la diversification de son offre en matière de produits agricoles et industriels notamment. Toutes ces réflexions ont servi à l’élaboration d’une part d’un vaste programme régional d’investissement agricole adopté par les ministres de la communauté et, d’autre part d’un Plan d’industrialisation de la région qui sera soumis très bientôt pour adoption aux instances de la communauté. L’opérationnalisation de ces deux plans autour desquels nous entendons mobiliser les partenaires au développement sera porteuse d’espoir pour la région en vue d’amorcer irrémédiablement son processus de transformation structurelle. 
Cependant, il convient de souligner que bien que la Plan d’industrialisation de la région ne soit pas encore disponible, les Etats de la région mettent en œuvre des programmes pour transformer leur économie et dans certains cas, des résultats concrets sont à relever. Je pourrais citer à titre d’exemples le Gabon, le Rwanda et l’Angola en plus du Cameroun dont la structure relativement diversifiée est un peu plus ancienne. 
Il manque à nos pays d’être plus compétitifs pour ces produits, en particulier sur les marchés régionaux, ce qui suppose que des actions comme l’amélioration de l’environnement des affaires pour libérer au maximum les énergies nécessaires pour une transformation accrue du potentiel que regorge la région, et le niveau de disponibilité et la qualité des infrastructures, notamment énergétique, soit menées avec efficacité. C’est dans cette optique que nous avons retenu parmi les options stratégiques prioritaires de notre programme d’action d’ici à 2025, le renforcement des infrastructures de la région. 
 
Question N°9- Vous avez également pris part au premier sommet de coordination entre l’Union Africaine et les CER. Quels domaines prioritaires d’harmonisation sont envisagés par la CEEAC pour rétablir son retard dans les échanges intracommunautaires, les infrastructures et la production ?
 
Réponse- Les priorités de la Communauté sont fixées par les Etats membres. La Conférence a pris une décision pour identifier les cinq filières prioritaires pour le développement des chaînes de valeur régionales. Parmi elles se trouvent, les filières café, textiles, bois, cuir, etc.   
Des stratégies spécifiques ont été ou seront réalisées pour chacune de ces filières. Vous citiez plus haut celle relative à la filière bois élaborée par la BAD, qui vient à la suite des stratégies des filières café, coton-textile et palmier à huile élaborées par la CEEAC. Comme je vous l’ai mentionné plus haut, un plan d’industrialisation devant prendre en compte toutes les réflexions sera bientôt soumis aux instances de décision lors de leurs prochaines réunions. 
Le moins qu’on puisse dire est que le développement du commerce intra-régional passe prioritairement par le développement des chaines de valeur régionale et l’insertion de nos économies dans les chaînes de valeur continentales et internationales. 
Je vous ai dit plus haut que les projets d’infrastructures d’interconnexion des Etats membres sont en cours dans le cadre du Plan Directeur Consensuel des Transports en Afrique Centrale qui s’inscrit également dans le PIDA de l’Union Africaine. Nous voulons remercier le NEPAD ainsi que tous les partenaires financiers pour leur accompagnement dans ce domaine.
 
Question N°10- La Banque Africaine de développement, un de vos partenaires majeurs, s’est résolue à vous accompagner.  Son cadre d’action nouvellement rendu public est convergent avec votre document de stratégie et propose 4,4 milliards de dollars de financement. Peut-on dire que le problème est réglé ? Et que dans 7 ans, l’Afrique centrale comptera parmi les CER les mieux intégrées du continent ?
 
Réponse- Je voudrais remercier nos partenaires et plus particulièrement la BAD pour son soutien continu à notre programme d’intégration régional. Evidemment avec ce soutien et les efforts de réforme entrepris par les Etats membres, la CEEAC fera un bon significatif dans son intégration les prochaines années. En effet, il est important de souligner que le prochain programme d’intégration de la BAD mettra un accent particulier sur le renforcement des infrastructures et sur le soutien des réformes en vue d’améliorer l’environnement des affaires et booster le commerce en Afrique centrale. 
Pour être exhaustif, je voudrais souligner que ces reformes porteront notamment sur les domaines de :
- La facilitation des échanges et des transports en vue d’améliorer la compétitivité commerciale de notre région, réputée pour avoir des coûts commerciaux parmi les plus élevés au monde ;
- L’environnement des affaires et l’intégration financière de manière à rendre la région plus attractive pour les investissements ;
- L’appui à la mise en œuvre de la zone de libre-échange régionale et continentale en vue de relancer le commerce intra-régional ;  
- la rationalisation des politiques commerciales entre les deux Institutions communautaires de l’Afrique Centrale  que sont la CEEAC et la CEMAC  et un soutien accru pour leur mise en œuvre ; 
Nous nous réjouissons de la convergence de vues entre nos deux institutions (CEMAC et CEEAC) sur les options à mener en vue de permettre à la région de rattraper son retard dans le chantier de l’intégration régionale. 
Et pour répondre concrètement à votre question, il y’a lieu d’être optimiste et d’espérer que d’ici 2025, le visage de la région aura beaucoup évolué suivant le prisme souhaité par les leaders de l’intégration en Afrique. 
 
Question N°11- Monsieur le Secrétaire Général, un autre dossier brûlant sur votre table, c’est la construction du pont route-rail entre Kinshasa et Brazzaville et le prolongement de du chemin de fer Kinshasa-Ilebo d’une part et l’axe routier Kinshasa-Brazzaville-Ndjamena. Au regard du potentiel, peut-on estimer que ces réseaux vont aimanter l'essentiel du trafic de la région ?
 
Réponse- L’ambition du Plan Directeur Consensuel des Transports en Afrique Centrale (PDCT-AC) est de réaliser à travers ses différents projets une interconnexion totale de notre sous-région. Evidemment, compte tenu du grand marché que représente la RDC, toutes les voies de communications qui y mènent seront d’une importance capitale. Il est donc logique que le projet pont-route-rail Kinshasa-Brazzaville et le prolongement de l’axe routier Kinshasa-Brazzaville-N’Djamena joueront un rôle important dans les échanges intercommunautaires.
Il faut rappeler que le projet pont route-rail Brazzaville-Kinshasa, deux capitales séparées par le fleuve Congo, large de quatre kilomètres, intègre la vision du Nouveau partenariat pour le développement économique de l’Afrique (Nepad) qui le considère comme la première composante ; la deuxième étant le prolongement du chemin de fer long de 800 à 1 000 kilomètres entre Kinshasa-Ilebo en République démocratique du Congo.
Les études de faisabilité de ce vieux projet d’intégration ont été déjà bouclées. Les financements le seront à la fin de cette année, selon le président de la BAD, le Dr Akinwumi Adesina qui a annoncé en mai dernier, lors de sa première visite au Congo, le démarrage des travaux de construction.
Pour votre gouverne, retenez seulement que le Projet du pont route-rail entre les villes de Kinshasa et Brazzaville et le prolongement du chemin de fer Kinshasa-Ilebo ont un coût évalué à 494,5 millions de dollars. D’une longueur de 1,575 km, ce projet fera le lien avec la ligne de chemin de fer allant de Kinshasa (RDC) à Ilebo (RD Congo) débouchant sur le corridor routier de Tripoli, en Libye, à Windhoek, en Namibie, qui est en cours de réalisation dans le cadre du projet de la route transafricaine.
C’est sûrement le projet phare de notre mandat, mais d’autres ne sont pas en reste, par exemple : 
Le Projet de route Ouesso-Bangui-Ndjamena et de navigation fluviale sur le fleuve Congo et ses affluents Oubangui et Sangha, dont le coût est évalué à 1,7 milliard de dollars. Sur le maillon central du corridor routier transafricain, Pointe Noire-Brazzaville-Bangui-Ndjamena, le projet prévoit la construction et le bitumage de 1 310 km de routes ainsi que 27,17 km de voies pénétrantes et 49 km de voiries, pour ne citer que ceux-là.
 
Allam mi web 550 03Question N°12-La sécurité est depuis plusieurs années un sujet récurrent lorsqu’on évoque la communauté. L’ONU, le FMI et la BAD parlent de fragilités pour caractériser les foyers de tension. La CEEAC semble visible, mais peu impliquée dans les processus de normalisation des situations sociopolitiques. Est-ce un intérêt secondaire ?
 
Réponse-Vous savez, la CEEAC est une organisation de coopération entre Etats souverains régie par le principe de non-ingérence. Et même si la non-indifférence et la solidarité sont également des principes qui régissent notre communauté, elles ne s’appliquent qu’à la demande de l’Etat membre qui connait une situation de crise ou de conflit. C’est dans ce cadre que s’inscrit notre action en RCA. Pour ce qui concerne les autres situations sociopolitiques ce sont des problèmes intérieurs qui ont soit trouvé des solutions internes ou en voie d’en trouver. En République Démocratique du Congo par exemple, nous avons apporté notre soutien tout au long de la crise et avons été les premiers à nous féliciter de la   résolution pacifique de leurs différends par les Congolais eux-mêmes malgré la pression extérieure. En outre la méthode de résolution de crises par des injonctions sur la place publique nous parait inamicale et contreproductive Nous préférons la démarche discrète et constructive. 
 
Question N°13 -Face à toutes ces interpellations, la CEEAC, on l’imagine, reste mobilisée. Pourtant, malgré votre plaidoyer de novembre 2017, l’institution a mal à sa trésorerie. D’où viennent les ressources financières de la CEEAC? Et comment sont-elles gérées ? 
 
Réponse- Il est vrai que les difficultés de trésorerie de l’institution ne se sont guère améliorées depuis lors. Mais il faut remarquer que la CEEAC n’est pas un cas isolé. Beaucoup d’autres organisations sous régionales et régionales, y compris l’Union Africaine connaissent des difficultés dans leur financement. La crise économique que traversent les Etats a certainement aggravé la situation. 
Heureusement quelques Etats membres continuent de soutenir la CEEAC, lui permettant de fonctionner, ne fut-ce qu’à minima. Nous avons également des partenaires tels que la BAD, la BM et l’Union Européenne qui continuent de nous apporter leur soutien. La gestion des fonds issue des contributions des Etats membres se fait conformément à notre règlement financier avec les phases habituelles de la gestion des fonds publics. Pour ce qui est des fonds des bailleurs, ils sont gérés conformément à leurs propres procédures respectives grâce à des unités de gestion mise en place après avis desdits bailleurs. L’amélioration de nos outils de gestion dans le cadre de la réforme de la CEEAC vise à nous permettre de parfaire les différents piliers de gestion en vue d’obtenir l’accord des partenaires de gérer directement leurs fonds selon nos propres procédures.
Le problème du financement des activités de l’organe exécutif de la Communauté devrait être une des priorités de la Communauté. Il n’est pas admissible que la quasi-totalité des activités opérationnelles de notre programme d’intégration soient financée par les dons des partenaires. Nous devons trouver la meilleure approche pour financer par nos fonds propres, les activités d’intégration qui ont une portée stratégique telle que par exemple la stratégie et le plan d’action pour l’industrialisation. Nous trouverons difficilement des donateurs pour financer de telles actions. 
 
Question N°14- Selon l’indice d’intégration régionale proposée en 2016 par la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique, la récurrence des rencontres au sommet dénote d’une certaine vitalité de la Communauté. Monsieur le secrétaire général, à quand la 17e session ordinaire de la Conférence des chefs d’Etat et de gouvernement de la CEEAC ?
 
Réponse- Le pouvoir de convocation de sommet, qu’il soit ordinaire ou extraordinaire, est celui du Président en exercice, même si en tant que Secrétaire général, j’ai l’initiative de la proposition.
Depuis mai 2015, nous avons eu beaucoup de sommets extraordinaires, notamment sur les questions de paix et de sécurité et les Chefs d’Etat et de Gouvernement se sont toujours concertés en marge de certains grands forums de haut niveau. De l’avis général, il serait plus urgent et important est d’accélérer la réforme institutionnelle en vue de doter la CEEAC d’outils performants pour un fonctionnement normal, au lieu de continuer à accumuler des décisions difficilement exécutées voire jamais.
Ainsi, probablement, le prochain sommet ordinaire aura lieu juste après le sommet extraordinaire sur la réforme institutionnelle qui devrait se tenir très prochainement et qui devrait voir l’approbation des textes de la réforme par les Chefs d’Etat et de Gouvernement.
 
Question 15-Votre mot de fin
 
Réponse- Je voudrais terminer en vous remerciant de l’opportunité que vous me donnez de m’adresser à vos lecteurs à travers cette interview et exprimer à nouveau ma conviction que la réforme en cours de la CEEAC lui permettra de se doter d’un cadre et d’outils qui devraient rapidement faire d’elle une grande Communauté Economique Régionale à la mesure de la place centrale qu’elle occupe en Afrique. J’exhorte les partenaires et amis de la CEEAC à lui apporter leur soutien dans la phase de la mise en œuvre des réformes afin d’assurer le succès du processus. Déjà, le Secrétariat se réjouit et se félicite qu’un nouveau siège digne de ce nom vient d’être mis à la disposition de la CEEAC par Son Excellence Monsieur  Ali Bongo Ondimba, Président de la République gabonaise et Président en Exercice de la Communauté.

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